Au départ du projet il y a une passion et une envie, celle des Loudunais pour leur ville et son histoire et particulièrement l’histoire des « Possédés » et d’Urbain Grandier.
Une envie ?
Celle d’un festival « les diableries » entendez « Les diables rient ». Au-delà des films et pièces de théâtre plus ou moins sombres marqués de scènes d’exorcisme et de possession, l’envie de retrouver le burlesque, la légèreté, mais aussi un autre regard sur ce passé dont on ne retient souvent que la forme.
Forme « spectaculaire » qui frappe les esprits, un homme brûlé, des actes de sorcellerie et d’exorcisme. Est-ce vraiment là l’important ou derrière ce fatras grandiloquent, y a-t-il une autre réalité bien plus terrible que l’on occulte ?
Alors par delà cette mascarade qu’y a-t-il ?
Ce que nous retrouvons au cœur des actes des hommes, cette éternité peut-être, la manipulation habillée de perversion, de mensonges, d’alliances pour la quête du pouvoir.
Les Possédés ? Une simple façade. Quelques pauvres femmes, hystériques, nymphomanes qui ont fantasmé sur Urbain Grandier. Homme d’église certes mais avant tout Dom Juan libertin, libertaire et libre penseur. Homme des lumières aussi, avant l’heure.
Il fallait se positionner. Trouver un fil d’Ariane pour cette création ? Répondre à quelques questions comme :
• Pourquoi raconter cette histoire aujourd’hui ?
• En quoi nous touche-t-elle ?
• Que choisir dans l’imbroglio ?
Historique des conjurations, des Jeux de pouvoir, des affrontements entre Catholiques et Protestants, etc…
Dans le fatras d’informations (plus de 1000 pages), la nécessité de se recentrer, l’exigence du Positionnement personnel et la question qui me taraude depuis le début. Quoi ? Et pourquoi ? Quel sens pour quelle pertinence ? Et là soudain le gouffre. Le gouffre qu’on regarde droit dans les yeux lorsque pendu à l’élastique ou a un parachute on s’apprête à sauter. Ce vide qui nous oblige à la Confrontation vitale de nous-mêmes. Ce frémissement au fond de l’âme, cette chaleur soudaine, cette impérieuse petite voix qui nous dit qu’il est nécessaire de sauter…
Et c’est alors que commence la grande descente, l’enroulement sur soi-même, de la tête et des sens pour descendre au plus profond pour chercher ce que l’on ne connaît pas.
Les nuits d’ idumées, les petits matins froids où l’on attaque la page blanche au fil des cafés. Les livres qui s’amoncellent, les questionnements, la quête. Alors presque magiquement, les personnages s’ouvrent au fond de soi, ils prennent vie. Des mots se tracent sur la page. Ce ne sont pas vraiment les miens, ils me sont presque imposés…ils viennent. Je les laisse grandir, ils commencent à peupler mes nuits, mes rêves.
Ils me parlent.
Je raye, je gomme, je reprends. Je cherche les mots justes. Cette femme qui accepte de se marier avec un prêtre. Qui est-elle ? Que s’est-il passé dans sa tête ? Quel amour puissant a du l’habiter ? Comment parle-t-elle ? Tous ces êtres qui renaissent du passé me fascinent par leur humanité. Alors sans chercher à comprendre pourquoi j’ai relu, dans un même élan, Platon, Kant, Nietzche, Rabellais, Montaigne. Cette nécessité soudain de réfléchir sur l’homme. C’est décidé, ce sera la 1ère tonalité de ce travail. C’est vital. Et ce sera centré sur la personnalité d’Urbain Grandier.
Je cherche dans les grands mythes car c’en est un. Un « mix » de Dom Juan et de Cyrano de Bergerac avec un zeste de Victor Hugo.
Oui, c’est cela !
Et puis vint le contrepoint.
Ecrire pour le théâtre n’est pas un débat d’idées, de philosophie, même si je ne peux m’en passer. Ce sera comme la charpente de la cathédrale, les fils de bâti du costume, la trame de la toile, essentielle mais invisible.
L’écriture théâtrale demande du rythme. L’épaisseur du mot porté par le silence qui précède ou qui suit ce même mot.
Je décide de passer par le regard du peuple avec sa dimension rabelaisienne et son regard souvent sans complaisance sur les actions des dirigeants… Mais il manque quelque chose. La dualité est trop proche du manichéisme.
Je cherche. Je galère.
Et puis une nuit, en m’endormant dans cet état de ½ sommeil. Je trouve la tonalité burlesque, ca y est, je crois que je tiens une idée. Sur la place de Loudun il y a le marché bien sûr mais il y a des bateleurs une sorte de bouffons, ces êtres qui aux XVI –XVII ème étaient la voix cachée du peuple et de ses révoltes. Ce n’est pas intéressant de jouer une scène de possession ou d’exorcisme mais par contre la mettre entre les mains du fou du roi, du Bouffon devient plus que drôle : fascinant. On peut tout dire en se moquant. | |